Vagualarme, détour sur l’Atlantique !

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Début Août 2008. Arcachon - La Corogne

 

Après quelques sensations fortes en sortie de chenal, nous voilà en route pour La Corogne qui se trouve à 350 miles, le golf de Gascogne à traverser avec des vents prévus d'Ouest tournant au Nord puis à l'ouest à nouveau force 2 à 4. Ca s'annonce relativement bien sachant qu'on pourra profiter de vents du nord pour s'éloigner de la côte espagnole. Mais seulement voilà, après la première nuit, plus rien, plus un souffle. Quelques rares instants, un brise légère se lève nous permettant de naviguer à 4 ou 5 noeuds, mais systématiquement elle retombe. Dieux merci, nos réserves de 120 litres de diesel nous permettent d'établir un record inédit de 60 heures moteur sur 80 heures de navigation! Un vrai bonheur, autant vivre 3 jours la tête posée sur un moteur de tondeuse à gazon.

 

    

 

     

 

Après 2 jours, nous atteignons Cabo Penas à côté de Gijon, naviguons paisiblement à vue de la côte toujours au moteur dans un zone fréquentée par les cargos. Nous veillons à vue et au radar les routes des autres navires. Insouciant nous prenons notre souper lorsque nous constatons que nous sommes en pleine route de collision avec un bateau. Nous nous déroutons de 20 degrés bâbord, le bateau est loin, il n'y a aucun soucis. Après quelques instants, nous voyons qu'il a changé sa route à nouveau et qu'il nous fonce droit dessus, nous rechangeons le cap, mais la encore il change, il s'obstine à nous venir droit dessus. Mais qu'est ce qu'il fout! Bon, je débranche le pilote, je braque carrément plein sud et lui fait un demi tour sur lui-même et là... Il envoie une fusée de détresse... Un instant de silence.

 

Nom de dieu, mais qu'est ce qui se passe! Cordélia, allume la radio VHF sur le canal 16 de détresse.

- Sailing Yacht with swiss flag at position N xx°xx' W xx°xx', change your road, your are under danger.

C'est bien nous ça! Mais pourquoi on serait en danger, on va bien et puis c'est lui qui envoie une fusée de détresse.

- Station calling, this sailing yacht Vagualarme on your Starboard, why are we under danger, over.

- Please change immediately your road to 225°, you are under danger on this road.

Ok, Cordélia fait cap au 225°

- Station calling, this is Vagualarme, we change our road to 225°, I repeat why are we under danger, over.

- We are working on this area, there are floating cables. Please follow us, we will show you the way. We stay on contact on chanel 06.

 

OK, bon, il y a des gars qui posent des câbles flottant au large! Nous voilà escorté durant une heure par un bateau de 30 mètres avec 10 hommes d'équipage. Est ce bien suffisant? Par la suite, il nous autorise à reprendre notre cap plein Ouest...

 

 

Du 5 au 10 Août 2008. La Corogne

 

Après 3 jours de moteur, nous voilà enfin dans au port de la Corogne où nous attendent Ella et Nilo pour passer 3 jours avec nous. De belles retrouvailles, des ballades, une petite sortie en mer, le temps passe vite et nous reprenons déjà la route en direction de Porto.

 

    

 

    

 

   

 

 

 

Du 10 au 12 Août 2008. Coup de vent aux îles Sisargas

 

La première étape sur la route du Portugal, nous amène dans un petit mouillage totalement désert et à priori fort sympathique : les îles Sisargas. La météo annonce un vent de nord ouest force 4 à 6 avec une houle forte, le mouillage est orientée au sud ouest, on devrait être bien protégé. La première nuit est calme. Le lendemain, le vent forci s'oriente au sud ouest et l'orientation de la baie laisse entrer une belle houle. Le vent continue à augmenter, l'anémo indique des rafales jusqu'à 47 noeuds. Bon, ben on va attendre que ça se calme. Sauf que quelques heures plus tard c'est le mouillage qui dérape (l'ancre ne tient pas sur le fond) et nous dérivons petit à petit sur les rochers juste derrière nous où la mer se fracasse spectaculairement. Va falloir remouiller. Cordélia, morte de trouille, prend la barre et tente de maintenir le bateau au dessus de l'ancre, tandis que je vais sur le nez de Vagularme qui plonge  dans l'eau à chaque vague. A chaque fois que le bateau redescend, j'en profite pour remonter un peu de chaîne, j'entends le guindeau qui peine. Après 30 minutes d'efforts l'ancre est levée. Plein gaz pour avancer péniblement contre le vent et les vagues, nous remouillons 50 mètres plus haut. On observe durant quelques heures, rien ne semble bouger. Cette fois c'est bon. Enfin pas très bien dormi la nuit, debout toutes les heures pour voir si nous dérivons sur ces affreux rochers crochus, mais tout c'est très bien passé.

 

    

 

Après cette nuit en compagnie des rochers, nous rêvons des déserts d'eau du grand large. Le vent à tourné à l'ouest, nous sommes à nouveau protégé, mais la houle est toujours forte. Pas si simple de sortir de la baie, mais bon, on y va et on verra bien si ça va, sinon on fera demi-tour. On hisse les voiles dans une mer forte avec 30 à 35 noeuds de vent. 2 ris dans la GV et un peu de génois enroulé, Vagualarme avance au près sans être trop chahuté à 5 noeuds. On tire des bords, ce faisant, on apprivoise Vagualarme dans ces conditions qui d'ailleurs se comporte très bien (contrairement à Cordélia qui râle parce qu'elle a mal au muscles et qui trouve les winchs pas du tout ergonomique)... Lorsqu'après quelques bords je vois un gros nuage bien noir s'approcher de nous accompagné de pluie. Tout est bien sombre, c'est peut-être mieux d'enrouler complètement le génois et d'attendre que ça passe. Aussitôt dit, aussitôt fait, Cordélia maîtrise maintenant parfaitement les rudiments de voile nécessaires à la bonne conduite de Vagualarme. Je sens le vent qui monte, je choque la grand voile, le bateau penche, le vent siffle de plus en plus fort, je vois l'anémo qui monte, l'eau qui blanchit, les embruns qui s'envolent... Jamais vu ça. Ulysse toujours insouciant crie de joie "un nouveau record : 55 noeuds, l'anémo à indiqué 55 noeuds (je sais pas s'il est juste)!" ça a duré 5 minutes, j'avais jamais vécu ça. Génial!!! Le bateau n'a pas bronché, à peine un peu de gîte. C'est un véritable coffre-fort! Après 6 heures, nous avons fait 12 miles nautiques (20 km), ça c'est les joies près (naviguez face au vent) et nous arrivons au mouillage devant Lage pour apprécier un apéro dans un mouillage bien tranquille.

 

 

 

 

Du 13 au 16 Août 2008. Iles Cies

 

Le lendemain départ pour les iles Cies dans la baie de Vigo dont notre guide de 1982 décrit comme la plus belle île d'Espagne et quasi déserte, sauf quelques pêcheurs. Idéal pour passer quelques jours. La navigation se fait dans des conditions plus calmes, quelques dauphins... Nous arrivons de nuit pour poser le mouillage. Le lendemain au réveil à midi nous découvrons une plage noir de monde avec des bateaux qui déversent des touristes par centaines. Bon, l'île n'est plus tellement déserte. Donc, nous profitons d'emmener nos 4 gros sacs poubelles lorsque nous allons à terre. "Oh regarde Cordélia, une maisonnette, c'est certainement un container à déchets..." Non, un stand d'informations pour touristes où nous apprenons que 1. nous sommes sur une réserve naturelle depuis 2002, 2. dont la gestion très stricte oblige chaque personne à ramener l'intégralité de ses déchets sur le continent, 3. dont la navigation et le mouillage et la pêche sont strictement interdits, sauf autorisation spéciale. On a l'air malin et on retraverse la plage tout penaud avec nos énormes sac poubelles sous les regards méfiants des baigneurs. Essayons d'être discrets. Cette mésaventure passée, nous découvrons une très belle île. Vu notre situation irrégulière, on ne restera que 2 jours. 

 

    

 

    

 

    

 

Ne pouvant pas pêcher, j'ai du me contenté de la chasse aux trésors au pied des arcs en ciel, mais étonnamment je suis revenu bredouille.

 

 

Depuis le 17 Août 2008. Escale forcée à Vigo

 

Le 16 au soir en route pour Porto où nous attendent Gaël et Camille pour passer une semaine sur le bateau. Près pour belle étape de voile, nous montons fièrement l'ancre, quittons la baie avec un superbe coucher de soleil, la mer scintille comme dans un rêve et dans un silence suspendu, les visages de l'équipage s'illuminent face à la perfection de ce départ. Sauf qu'après 500 mètres, une affreuse fumée blanche sort de l'échappement du moteur accompagnée d'un bruit lourd de sens "TAKA TAKA TAK". Une soudaine envie de rentrer à Genève nous envahit, mais après une longue discussion (de 500m), nous décidons finalement de revenir au mouillage à la voile. On ouvre le moteur, tout à l'air normal. Dorénavant notre destin ne tient plus qu'a une seule personne "EL MECANICO".

 

Bien que la faune de l'île soit extrêmement diversifiée, nous ne trouvons pas le spécimen "el mecanico". Au matin, nous partons donc pour Vigo, ville la plus proche, à la voile dans la pétole. Une fois devant le port, j'appelle par radio la capitainerie en anglais puis Cordélia tant bien que mal en espagnol pour leur faire comprendre que le moteur est en panne et qu'on aimerait bien une place facile pour arriver à la voile. Après une demi-douzaine d'appels, nous avons la réponse encourageante "no problemo". J'adore. Hésitant à entrer, nous faisons des tours à la grand voile devant le port et finalement un petit marinero à moustache et au grand sourire sort avec son bateau moteur pour venir nous chercher. Il nous fait signe d'affaler la GV et nous pousse dans le port. Après 2 minutes nous sommes amarrés au ponton, sans nous rendre compte à quel point nous allons nous enraciner ici. C'est vrai, c'était no problemo.

 

   

 

Entre les mécaniciens débordés, les fêtes religieuses, les week-end et autres jours fériés, après une semaine nous sommes toujours en attente d'une réparation définitive de notre moteur. Un injecteur défectueux à remplacer, si c'est que ça, c'est pourtant pas si complexe.

 

La date de rendez-vous avec Gaël et Camille s'approche dangereusement et on beau vouloir être à Porto, on est toujours à Vigo. C'était rageant! Heureusement, ils ont eu la sympathique initiative de nous rejoindre par les terres pour une incroyable semaine de navigation à la place 121 du port de Vigo. Leur présence festive apporte un vent nouveau de bonne humeur à bord. Grosse bouffe, belles balades, franches rigolades, petites pêches, finalement Vigo c'est très sympa...

 

    

 

     

 

 

27 Août 2008. Sortez le moteur

 

Après avoir fait tous les contrôles possibles et changé l'injecteur défectueux, le problème persiste puisqu'une belle fumée blanche sort toujours de l'échappement. Une compression trop faible dans le cylindre numéro 1 a été mesurée et il est nécessaire de sortir la machine pour l'ouvrir et diagnostiquer le problème. Soit. De toute manière, nous n'avons pas d'alternative.

 

Résultat, une bague du col de piston a une ouverture trop large (allez savoir pourquoi) empêchant une compression correcte. Enfin c'est ce que j'ai compris d'après une traduction par Cordélia de termes techniques en galicien. Nous en profitons pour faire faire une révision complète du moteur, histoire d'être sûr que ce genre de pépin ne nous arrive plus. Résultat: 2 semaines d'attente supplémentaires, le temps de tout démonter, commander les pièces à changer, nettoyer, tout remonter, reposer le moteur dans le bateau et le tester. Patience, notre heure viendra... 

 

    

 

 

Vigo toujours et encore...

 

Voilà bientôt 3 semaines que nous sommes à Vigo et à vrai dire c'est pas si simple de mettre le site a jour tant les journées se ressemblent. Alors quoi de neuf?

 

Au registre des divertissements, nous avons eu la visite surprise de Gaspar, le surprenant copain du sympathique marinero moustachu qui nous avait remorqué dans le port. Un beau matin nous entendons des hurlements "delphine, delphine" depuis notre cabine. Nous sortons et à notre grande surprise, nous voyons le marinero tout excité qui cours chercher une gaffe et qui agite l'eau au ponton. Nous nous approchons, scrutons le fond de l'eau à la recherche de l'animal. Lorsque soudainement nous voyons une grosse ombre grise sortir de l'eau opaque. "El deplphine Gaspar", nous informe le marinero, qui nous montre ses talents cachés d'animateur en faisant sauter la bête pour qu'elle touche sa gaffe avec son museau. Mieux que Seaworld, manquait plus que les anneaux de feu.

 

Sinon, Ulysse est devenu le spécialiste à bord de la pêche au ponton dont la technique principale consiste à capturer de minuscule poissons à l'épuisette (technique initialement élaborée conjointement avec Gaël, mais largement perfectionnée depuis) puis de les accrocher vivants aux hameçons sans les tuer pour attirer des plus gros. Ca marche pas trop mal.

 

    

 

 

 

Les Vigosiens

 

Nous sommes donc devenus de véritables Vigosiens. On s'installe plus confortablement dans le bateau en bricolant évier, toilettes (il y toujours quelques fuites sur un bateau). Cordélia décore le bateau au scotch, au tissu et a même réussi à me faire coudre un scratch d'un mètre de long (preuve à l'appui), c'est dire si on a du temps. On profite pour bien avancer le programme scolaire d'Ulysse avec cour de natation dans la jolie piscine du port. Petites escapades terrestres dans les environs, à la découverte de Santiago de Compostelle. Bref, malgré la longue réparation du moteur, nous nous plaisons bien en Espagne où sommes accueillis comme des rois.

 

    

 

         

 

         

 

 

17 Septembre 2008. Un mois jour pour jour

 

A la grande joie d'Ulysse, Fabien nous rejoint à la place 121 du port de Vigo le jour même où le moteur est installé. Il est beau comme sous neuf (bien que cher comme chèque neuf) et fonctionne à merveille. Sans plus attendre, nous lâchons les amarres un mois jour pour jour après notre arrivée et cap sur le portugal.

 

         

 

         

 

 

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