Vagualarme, détour sur l’Atlantique !

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Avant toute chose, il convient de préciser que, fidèlement à la tradition d'accueil et de mixité culturelle chère à Vagualarme, ce chapitre sera exceptionnellement rédigé par un auteur invité, à savoir, votre humble serviteur. Ne croyez donc pas que Pascal ait soudainement décidé, dans un accès de royalisme, de parler de lui-même à la troisième personne.

 

 

Santiago (à partir du 29 Décembre)

 

Après maintes pérégrinations, qui nous ont mené au Cap Vert par différents biais, nous voici donc en grandes retrouvailles, par ce beau jour du 29 décembre. L'air, la mer et la terre, autant d'éléments dûment exploités, selon le temps et les motivations de chacun, pour parvenir à un seul et unique but : l'île de Santiago, lopin de terre d'une cinquantaine de kilomètres de long, perdu avec une dizaine de ses semblables en plein océan Atlantique. Dakar se trouve à 500km à l'est, mais c'est bien de l'autre côté que se tournent nos regards, vers ces riantes contrées Caraïbes dont nous convoitons déjà les richesses.

Vous l'aurez compris, Santiago sera notre point de départ pour la grande traversée, cette transat qui cause un certain nombre d'inquiétudes à nos chers parents, alors qu'il n'y a pas le moindre danger, si l'on excepte les cachalots enragés, les pirates assoiffés de sang, les containers abandonnés à fleur d'eau, le soleil, la déshydratation, les calamars géants aux tentacules meurtrières, les cargos russes dont l'équipage ivre de vodka s'amuse à éperonner de petits voiliers faiblards comme le notre, j'en passe et des pires. Mais comme dit la chanson, nous survivrons (quitte à sacrifier les plus faibles).

 

Revenons cependant à nos moutons (d'écume, cela va de soi). Dimanche 28 décembre. J'arrive à l'aéroport de Praia, dont la taille infime n'a d'équivalent que l'éclairage aléatoire, les ampoules doivent être hors de prix dans le coin. Heureusement, et malgré l'heure tardive, un rayon de soleil nommé Julien (Peck pour les intimes, moi c'est Dim, tout en rimes) m'attend à la sortie, affublé d'un splendide bonnet de grosse laine qui me fait craindre le pire un instant... mais non, il fait bel et bien chaud, ce qui n'est pas désagréable lorsque l'on a connaissance des températures polaires dont nous (pardon, vous) gratifie le climat suisse en ce moment.

 

Après quelques péripéties nocturnes dont nous vous épargnerons les détails, nous voici finalement en route pour Tarrafal, petit village de pêcheurs à l'origine, dont la vocation se tourne opportunément vers de plus balnéaires -et juteux- auspices. Rien de bien méchant pour l'instant, d'autant que le tourisme, somme toute encore marginal, fait encore la part belle aux locaux ; mais il est à redouter que cela change dans les années à venir, si l'on en juge par l'enthousiasme déroutant de certains investisseurs en puissance, qui nous content avec emphase leurs brillants projets, oscillant entre golfs 18 trous et centres commerciaux à l'américaine. Toutefois, Tarrafal demeure pour l'instant un endroit tout à fait paradisiaque et tranquille. Les gens se montrent d'une nonchalance à toute épreuve, mêlée d'une gentillesse indéniable.

 

C'est là que nous retrouvons l'équipage de Vagualarme, Cordélia, Ulysse et Pascal pour ne pas les nommer, de même que Jean-Claude (facétieux provocateur et accessoirement géniteur de Cordélia), son amie Gioia (une napolitaine comme on les aime), et Fabien, papa d'Ulysse au pieds d'argile (il vous expliquera).

 

Pour notre première soirée sur place, après les salutations d'usage, Cordélia se propose de nous emmener dîner sur le bateau, au mouillage à quelques encâblures de la plage, au moyen de la petite annexe au moteur si capricieux ... tant et si bien que notre sortie depuis la plage virera rapidement au burlesque, ou comment arriver trempés après s'être ramassé quelques-unes de ces vagues de fond sournoises qui vous prennent de front, avant même que vous ayez pu agripper une pagaie dans l'espoir de vous en sortir. Résultat, nous parvenons à franchir la barrière d'écume à la troisième tentative, sous l'oeil perplexe de Gioia et Jean-Claude, à qui j'ai heureusement pu confier mon précieux sac photo, limitant ainsi les dégâts et l'inévitable dépression que provoque toute atteinte à mon cher matériel.

 

Pascal, Ulysse et Thomas nous accueillent, le temps de changer ces fichus habits détrempés et nous voici réconfortés par une succulente assiette de poisson du jour, harponné avec maestria par les susnommés.

Je m'essaierai moi-même avec succès à la pêche au harpon le lendemain, fusillant sans pitié de pauvres balistes qui flânent tranquillement entre les rochers... j'en repère un énorme, deux fois ma taille au moins, et après un sanglant corps-à-corps de plusieurs heures, j'ai enfin raison du dangereux animal, espèce de sale bête. Bon, disons que j'éxagère à peine, mais la vie n'est-elle pas plus belle ainsi ?

 

Le reste de la semaine s'écoulera tranquillement, nous intégrons sans peine le rythme de Tarrafal, pas franchement harassant. Pour ma part, j'ai choisi d'établir mes quartiers à l'hôtel Sol Marina, géré de main de maître par Jules, l'homme de toutes les solutions, arrivé il y a longtemps déjà de son Sénégal natal. Vue sur la baie, Fabien pour voisin ainsi que quelques touristes de passage. La maison est intime et chaleureuse, et les petits-déjeuners sur la terrasse du toit, mémorables. Une entrée en matière tout en douceur. Je pourrais bien sûr déjà dormir sur Vagualarme, mais bon, quelque confort et un peu d'eau douce ne peuvent nuire, surtout quand on arrive de Genève, un peu stressé, un peu malade. On est quand même en vacances, crénom de nom.

 

Je déchante néanmoins le lendemain matin, vers 7h30, lorsqu'un tremblement de tous les diables déchire mon sommeil, pourtant  amplement mérité ; ça y est, l'hôtel s'écroule, c'est quand même pas de chance, enfer et damnation. Mon cerveau passant automatiquement en mode vengeance dans ce genre de cas (ceux qui me connaissent ne s'en émeuvent guère plus), j'ouvre la fenêtre d'un coup de pied rageur, imaginant déjà les horribles tortures que je m'apprête à faire subir au coupable. Je tombe nez à nez avec un ouvrier jovial, muni d'un splendide modèle de marteau-piqueur à double percussion ; la nuit ne m'avait pas permis de remarquer que ma chambre jouxte une construction en cours, probablement une extension de l'hôtel, malgré les dénégations probablement mensongères des intéressés. Le haussement d'épaules de l'ouvrier en question me fait vite comprendre que rien n'y fera, corroboré par le commentaire délicieusement fataliste de Jules ("Ha ça on ne peut rien y faire..."). Ca a le mérite d'être clair, mais mon humeur n'en est que plus massacrante. Passons. C'est ça aussi, les aléas du voyage. Au moins mes boules quiès, faute d'éliminer les vibrations, réduisent en partie le bruit.

 

Le passage à la nouvelle année s'effectuera sans heurts, couronné d'un bon repas et quelques jeux à boire dont nous avons le secret (Todito et Yatzy pour les connaisseurs). Pas de quoi traumatiser qui que ce soit, le minimum syndical en pareille circonstance, je dirais. 2008 aura été belle et riche en événements, et maintenant que nous avons presque tous 30 ans, 2009 fleure bon l'inconnu d'une ère nouvelle. Du moins c'est ce que je vous souhaite, ami lecteur.

 

Une petite navigation nocturne de Tarrafal à Praia, au sud de l'île, afin d'effectuer les derniers préparatifs. Mon premier quart avec Pascal, au lever du soleil. Il somnole à la barre, je m'adosse au mât, contemplant l'immense boule de feu qui s'élève lentement, notre seule horloge désormais. Plus d'heure, seulement le jour et la nuit, le vent et l'eau. Deux dauphins apparaissent soudain à l'avant, trois petits plongeons et puis s'en vont, un poisson volant scintille brièvement. Je médite sur la beauté du monde, envers et contre toutes les folies humaines, lorsqu'une grande émotion s'empare de moi : ma présence sur ce bateau s'impose subitement comme une évidence, révélation quasi-mystique et raison d'être impérieuse de chacun de mes voyages, justifiant tout. J'ai repris la route, ou plutôt, la mer. Du nouveau. Il était temps. 

 

Et me voilà dans la cabine de Vagualarme, au mouillage face à Praia, dernier jour avant le départ. Nous sommes le mercredi 7 janvier. A nous les grands espaces... Pascal ne tient plus en place, il inspire de grandes bouffées d'air en regardant fixement le large, tel un albatros prêt à s'envoler. Peck et Ulysse fabriquent une gaffe géante dont le but principal sera d'accrocher les thons géants que nous sommes censés pêcher, afin de les ramener à bord. D'après eux, un bon 80 kilos semble raisonnable. Me réjouis de voir ça, je vous promets des images épiques d'âpres combats... Peck vient de lire "Le vieil homme et la mer", il semble très inspiré. Cordélia suspend du linge dans tout le bateau ; bref, chacun vaque à ses occupations, encore une dernière virée à terre, quelques tampons portuaires à obtenir, de la nourriture et de l'eau à acheter. Mais le sentiment qui prédomine flotte dans le bateau comme la promesse d'un renouveau imminent : nous partons.      

 

    

 

    

 

    

 

    

 

    

 

         

 

         

 

         

 

    

 

 

La Grande Traversée (Janvier 2009)

TERRE !!!

Terre... cinq lettres qui peuvent paraître d’une banalité affligeante. Moi-même, je n’aurais jamais cru que ce mot puisse prendre une telle dimension, jusqu’à devenir une sorte de mirage lointain dans mon esprit, à la fois désirable et inaccessible...un lieu que l’on aurait oublié, en quelque sorte, et je saisis maintenant ce qui pousse tant de navigateurs à continuer, à ne plus vouloir mettre pied à terre. Vous l’aurez compris, la transat ne fut pas de tout repos, déjouant quelque peu nos attentes. Renaud avait raison, ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est bien la mer qui prend l’homme. En ce qui nous concerne, elle s’y est appliquée, mais nous vendîmes si chèrement notre peau qu’elle fut contrainte de déclarer forfait, ayant épuisé tous ses moyens ; ou peut-être voulait-elle simplement nous faire mériter le sésame (alléchant il est vrai) que constituent les Caraïbes.

Bien entendu, nombre de marins expérimentés se riraient de la lecture de ces mots, mais en l’occurrence, je ne suis ni marin, ni expérimenté. Juste un type normal, habitué des voyages terrestres, qui voulait vivre un truc différent. Je l’ai voulu et je l’ai eu, à un point que je ne soupçonnais pas.

A quel point ? Ne vous languissez plus, ami lecteur, voici le récit de nos péripéties maritimes, dans un ordre qui se veut vaguement chronologique, assez fidèle, entrecoupé toutefois de considérations purement personnelles, dont je revendique haut et fort la désinvolture. Facile de faire le malin après coup, penseront certains (si si, je vous vois là au fond), mais bon, voilà, je ne peux qu’inviter les sceptiques à venir faire un tour de manège, le premier qui vomit a perdu.

Donc.

Hum.

Nous en étions restés à PraIa, Cap-Vert. Mes dernières lignes (qui ont bien failli ne jamais vous parvenir - merci Patric pour ce tour de force informatique), relataient la courte navigation nous ayant fait longer l’île de Santiago depuis Tarrafal, une sorte de mise en bouche des plus agréables. Je me souviens encore de Pascal somnolant à la barre, pendant que je m’extasiais sur un lever de soleil mémorable, tranquillement adossé au mât. Une vraie partie de plaisir, me disais-je, cette traversée ne serait qu’une longue promenade de santé, le tout étant de maîtriser le dosage de crème solaire et de résister au mal de mer, tout en gardant un orteil sur la barre.

Petit naïf...

Pour ce qui est du mal de mer, pas vu l’ombre, toujours ça de pris. Pour ce qui est de la crème solaire, disons que j’en ai encore plus qu’il n’en faut (les cirés ne laissent pas beaucoup de marge au bronzage). Quant à la barre, c’est plutôt des deux mains qu’il fallut la tenir, à regretter parfois de ne pas en avoir une troisième (de main - pratique pour allumer les cigarettes sans empanner). 

 

8 janvier 2009, 18h00 UTC

Le bateau « Vagualarme », immatriculé à Bâle, Suisse, quitte le mouillage de Praia avec 4 adultes et un enfant à son bord (ou alors c’est le contraire, dur à dire). Je joins au passage une brève description qui vous permettra de faire connaissance avec l’équipage :

Pascal (skipper)

Points forts : le seul qui maîtrise complètement la barque et toutes ses belles cordes multicolores.

Points faibles : s’il tombe à l’eau, nous sommes perdus ; ne jamais se mettre en travers de son chemin s’il n’a pas mangé.

Cordélia (second)

Points forts : excellente cuisinière, esprit pratique et sens étendu de la rigolade.

Points faibles : tendance à envisager le pire alors que le bateau flotte encore, impatience difficilement contenue.

Ulysse (équipier)

Points forts : imperturbable face aux éléments déchaînés, moyenne de lecture de 300 pages/jour, grand pêcheur.

 

Points faibles : suggère de monter le spi par force 8 pour augmenter la vitesse du bateau.

 

Peck (équipier)

 

Points forts : esprit de franche camaraderie, possède quelques tenues vestimentaires du plus bel effet, coach du grand pêcheur.

 

Points faibles : tendance à tout ramener à l’Afrique, mauvaise maîtrise de l’empannage, pas encore prêt à mourir en mer.

Dim (équipier)

Points forts : un chic type, y’a pas à dire.

Points faibles : consultez ses équipiers, mais je vous préviens d’emblée que bon nombre de clichés ont été contredits.

2200 milles à parcourir (1 mille = 1,8 km). Vitesse moyenne estimée : 5 noeuds. 17 jours mais nous en annonçons 25, prenons un peu de marge, histoire de ne pas faire stresser les parents. Cales chargées à bloc, 450 litres d’eau potable et 12 bouteilles de vin. L’humeur est au beau fixe, le ciel aussi. La confiance règne. Nous envoyons les derniers sms à qui de droit, informations de rigueur (Edgar Hagmann et la REGA veillent sur nous), salutations d’usage. Un marin français passe nous dire au revoir en annexe, paraît que ça porte bonheur, en tout cas cela nous fait tellement plaisir que c’en est presque émouvant.

Ca y est, à nous les grands espaces ! Un coup de moteur, puis nous déroulons le génois, bonne visibilité, mer calme. Cap plein ouest, destination Trinidad et Tobago, le vent s’engouffre dans la voile et l’oiseau de polyester s’élance dans l’immensité bleue.

 

9 au 14 janvier 2009

Les premiers jours se déroulent sans encombre, la terre n’est bientôt plus qu’un souvenir et l’ambiance à bord est au beau fixe. Nous prenons gentiment le rythme de nos quarts, 2h chacun toutes les 6 heures (Ulysse est exempté). J’ai deux créneaux de nuit, 22h-minuit et 6h-8h, plus ou moins ce que je voulais, à savoir, l’heure du lever de soleil (pour les photos et pour le côté poétique).

Je m’aperçois rapidement que cette cadence conditionnera une bonne partie de la vie à bord, puisque nous ne dormons pas en même temps, qu’on se croise au milieu de la nuit, l’un fatigué d’avoir veillé, l’autre, les yeux bouffis de sommeil. Au début je me dis que tous mes livres ne suffiront pas, puisque le pilote automatique veille au grain et qu’il n’y a qu’à lever la tête toutes les vingt minutes pour vérifier que rien ne vient à l’horizon. Mais il n’y a jamais rien (enfin presque...). Pascal, lui, a une autre technique pour passer le temps : il dort sur le pont, emmitouflé dans son ciré, avec une minuterie dans le col. 20 minutes de sieste, debout, et ainsi de suite. Peut-être cassera-t-il ce rythme occasionnellement pour descendre se préparer un petit bouillon, ou attraper un paquet de biscuits, puisqu’au royaume des sensations, la nourriture est sa meilleure amie, avec le sommeil. C’est également lui qui vient me réveiller à chaque fois, puisque je prends son relais : je me lève, enfile tant bien que mal toute la panoplie (veste et pantalon de ciré, gilet, bonnet, chaussures), m’assure d’avoir mes cigarettes et mes Ricola (un seul par quart, je n’ai qu’une boîte jalousement gardée) à portée de main et me renseigne sur les conditions ; comment est la mer, le pilote tient-il le coup (il a tendance à lâcher prise inopinément lorsque les vagues forcissent), est-ce que ça déferle beaucoup (nous reviendrons là-dessus aussi), etc. Puis je m’assieds, attachant mon harnais à la bien-nommée ligne de vie, puisque tomber à l’eau en pleine nuit alors que tout le monde dort n’est clairement pas la meilleure façon de se donner des chances pour le futur.

Nous tenons notre moyenne de 120 milles par jour, on se fait à la haute mer et, hormis quelques petites alertes chez certains, il n’y a pas de grands malades. Mes pastilles GEM voyage resteront donc au fond de ma trousse ; j’en offre tout de même une tablette à Pascal...GEM pas le voir penché par-dessus bord en train de faire des bruits bizarres.

La grande bleue...je réalise maintenant à quel point elle porte bien son nom. Elle est énorme, puissante, profonde...les superlatifs ne manquent pas. Je regarde les cartes maritimes, cette petite croix tracée au crayon, avançant chaque jour de quelques centimètres, c’est nous. Le sol le plus proche ne se trouve plus derrière nous, encore moins devant, mais en dessous, environ 6000m plus bas en ce moment. Le seul que l’on ne souhaitera jamais fouler. Je patienterai jusqu’aux Caraïbes et en attendant, je me contenterai des 10,25m à ma disposition. Un peu court pour un footing. Ca tombe bien, je préfère le vélo. Ou alors quelques coups de winch par-ci, par-là feront l’affaire.

Mais sur un bateau en mouvement, l’effort physique est d’une autre espèce, latent et permanent : en effet, la mise à contribution des muscles réside surtout dans les trésors d’imagination que l’on déploie pour se maintenir en équilibre. Oui, ça bouge, ça roule, ça tangue. Et ça ne s’arrêtera pas. On ne s’en était pas douté et pourtant, chaque pas, chaque mouvement doit être sécurisé en s’accrochant quelque part. Vous apprendrez à dormir en roulant comme un sac. A vous déplacer comme un astronaute en apesanteur. Vous ne laisserez plus jamais traîner vos affaires. La moindre de ces insignifiantes tâches quotidiennes devient un défi, tout bouge, rien n’est jamais à plat. Une seconde d’inattention, et vous contemplez avec dépit vos spaghettis éparpillés sur votre couchette. Chaque objet est un projectile en puissance, le Petit Robert devient une arme meurtrière, le salami s’envole, le couteau vous attend au détour d’une secousse. Je me rappelle de cette femme sud-africaine, qui racontait comment un transformateur de 20 kilos, désolidarisé de ses attaches, lui arriva en pleine tête par une nuit de tempête, et de quelle façon son ami parvint à lui recoudre la moitié du front tout en faisant avancer son ketch dans la tourmente. Le genre d’accident qui peut bêtement vous laisser sur le carreau. 

Je vous épargne le chapitre sur les toilettes (assis ou debout, éternel dilemme), dirigeons-nous directement vers le coin cuisine. En guise d’entraînement, tâchez de rester debout sur une balançoire sans vous tenir, une tasse de café dans la main droite, une tartine dans la gauche, par grand vent ; cela devrait vous donner une sensation assez proche de ce que l’on endure chaque matin sur un voilier en transat. Du coup, le plus sûr consiste à sacrifier une main afin de se tenir, ce qui est handicapant, vous en conviendrez, surtout pour égoutter les pâtes. A ce stade, vous pouvez opter pour deux solutions : soit vous parvenez à vous caler une fesse dans un coin d’escalier, le genou droit planté sous l’évier, le pied gauche solidement ancré dans un coin et la tête plantée contre la paroi, tout en jouant des cuisses pour maintenir votre buste suffisamment droit, et vous devriez vous en sortir avec quelques bleus et un léger mal de dos (je pèse mes mots car dans mon cas, ça va plutôt du jaunâtre au violet). Ou alors, la fameuse technique de la Roulette Russe, vous optez pour une prise de risque maximale sur un laps de temps très court : attendez que le rythme des vagues soit dans une phase plus calme et que le bateau bouge moins, jetez-vous comme l’éclair sur la casserole et tentez de procéder à l’égouttage en moins de 8 secondes. Vos chances de finir brûlé au troisième degré sont estimables à 50%. A vous de voir. Personnellement, j’ai joué...et j’ai perdu. Heureusement, c’est tombé sur un pied chaussé. L’amour du risque peut coûter cher.

 

15 janvier 2009, 23h00 UTC

La nuit où le bateau s’est arrêté.

Fin de journée, la nuit tombe sur une houle considérablement forte, le ciel se couvre. Nous finissons de manger assez tard, le temps pour moi d’enfiler mon ciré et de prendre le quart de 22h. Je m’installe à ma place habituelle, Pascal et les autres vont se coucher. La mer forcit, je sens la houle, déjà impressionnante durant la journée, monter encore en puissance et pousser le bateau, j’ai littéralement l’impression de surfer la vague, si ce n’est que la planche mesure 10 mètres. Le pilote a de plus en plus de peine à tenir la cadence, il souffle un vent à écorner les boeufs. Bon, je sens que ça va être sympa...j’enfonce mon bonnet sur mes oreilles, résigné, et je courbe l’échine, redoutant la première déferlante qui me cueillera traîtreusement.

J’en profite pour me permettre une petite digression sur un élément omniprésent, assez oppressant parce qu’il est impossible de savoir quand cela vous tombera dessus : la déferlante.

En gros (c’est le cas de le dire), une déferlante est une vague plus grosse qui roule sur les autres, les submerge et vous avec si vous avez le malheur de vous trouver sur sa trajectoire. Particulièrement sournoise en cas de houle croisée, lorsque des vagues ayant pris leur élan sur des milliers de kilomètres en  rencontrent d’autres et se brisent dessus. Elles peuvent bien entendu se briser sur votre bateau aussi. Une sorte de tsunami miniature, si j’ose dire. C’est très marrant quand vous êtes dans la cabine et que vous entendez d’énormes paquets d’eau s’écraser sur le pont où votre pote lisait sans se douter de rien. C’est beaucoup moins marrant quand vous avez pris votre quart de nuit depuis 10 minutes, que votre veste est entrouverte et que vous en ramassez une si forte qu’elle en plie les chandeliers, vous laissant détrempé et profondément démoralisé pour les deux heures à suivre.

Je me souviens de l’une de ces saletés, particulièrement vicieuse, qui un soir me prit au dépourvu, par derrière, ramassant au passage Cordélia qui était gentiment sortie me tenir compagnie, pénétrant dans la cabine pour déverser toute sa furie sur un point extrêmement précis, la couchette de Peck, contenant le susnommé endormi dans son sac de couchage. Au réveil, ça refroidit. Surtout quand il s’agit ensuite de passer l’heure suivante à éponger l’intérieur, sachant que votre sac mettra au moins une semaine à sécher (rien ne sèche jamais vraiment en navigation, et quand je dis rien, c’est rien. On ne s’y fait pas, c’est de la plaisance, c’est le pied). 

Passons.

Le temps d’une clope (c’est-à-dire environ 45 secondes de combustion accélérée, durant lesquelles on aspire ce qu’on peut - l’avantage, c’est qu’on fume moins) et Pascal sort la tête en me demandant si ça va. - C’était quoi ce bruit ?

- Quel bruit, que je lui réponds de ma plus belle assurance, y’a aucun problème, tu peux dormir tranquille, le bon vieux Dim veille  au grain.

Il jette un bref coup d’oeil à l’avant, me dit que non, ça ne va pas du tout, enfile le premier gilet à portée et se rue sur le pont en caleçon.

Comme l’impression d’avoir dit une connerie, moi...

Le temps de réaliser et ils sont tous là, Peck fin prêt, Cordélia aux aguets et même Ulysse, qu’un tremblement de terre ne réveillerait pas, a senti le roussi. Une minute plus tard, je m’accroche comme je peux à la proue balayée par les vagues, derrière Pascal en équilibre qui tente de sauver ce qui peut l’être. Je ne sais pas vraiment ce que je fais là mais je suis au moins prêt à le retenir s’il tombe, du coup j’accroche mon deuxième mousqueton à sa boucle dorsale ; je sens que ça l’agace, mais je n’ai pas la moindre envie de le voir passer par-dessus bord, même attaché, il y a mieux à faire en ce moment.

L’étai vient de voler en éclats.

L’étai, pour les novices, c’est le câble qui retient le mât par l’avant, sur lequel est enroulé le génois. Lorsqu’il se brise (évidemment par gros temps, en général de nuit, pour corser un peu les choses), la durée dont vous disposez pour trouver une solution et sauver votre mât est des plus aléatoires. Et comme celui-ci est simplement posé sur le pont, sa vie ne tient qu’à ces fils, sans mauvais jeu de mots. En un mot comme en cent, c’est le bordel.

Voici un extrait du livre de bord, rédigé à la hâte par le capitaine, qui parle de lui-même (l’extrait, pas le capitaine, l’est pas très causant) :

23h00 (Dim+Pas) / Loch en milles : ? / Cap 280°/ Vitesse 5,5 kts / Vent apparent 40-45 kts / Génois très enroulé / Etat de la mer : très forte / Ciel : couvert / Position env. N15° W40°

« Rupture de l’étai. Le mât a été sauvé. Installation de l’étai largable. Génois déchiré. LA CATASTROPHE. Nous avons sécurisé le mât ».

Après trois heures d’efforts acharnés, petit briefing général ; décision est prise de mettre le bateau à la cape (on le place en dérive en braquant la barre sous le vent - pour le stopper), toutes voiles affalées. Tout le monde au lit. On reprendra demain. Une dernière immense vague nous prend de fouet sur tribord, j’ai l’impression d’avoir été harponné par un cachalot lancé à pleine vitesse, je demande à Pascal si c’est normal, il me répond que nous sommes à la cape. Sous-entendu, on les prend de côté, donc oui. Bien. Je me dis que c’est quand même costaud, un bateau. Je n’ai aucune peine à m’endormir.

 

18 au 25 janvier 2009

Après deux jours sous tourmentin (petite voile pour gros temps), qui se sont déroulés sans plus d’encombres, Cordélia nous fait remarquer, une pointe d’angoisse dans la voix, que le bas-hauban tribord est sur le point de lâcher, s’effilochant comme une vieille corde de chanvre mal tressée. Sauf que c’est de l’inox et que sa contribution au maintien du mât, surtout par les temps qui courent, n’est pas négligeable. En d’autres termes, on ne sait pas ce qu’on fera s’il lâche. Et on ne sait pas QUAND il lâchera... ça se corse.

La prudence nous enjoint donc de réduire notre vitesse, et de nous dérouter vers La Barbade, escale la plus proche. Une centaine de milles en moins, c’est un bon jour de pris sur l’ennemi. Adieu Trinidad, au revoir Tobago, vous resterez dans nos rêves jusqu’à nouvel ordre. Privés de Carnaval, certes, mais  nous aurons du bon rhum au dessert. 

Comme un malheur n’arrive jamais seul, l’électronique s’y met aussi, et c’est maintenant le pilote qui fait des siennes. Cela faisait déjà quelques jours qu’il rechignait à la tâche, mais là, malgré toutes nos menaces, il ne veut carrément plus rien savoir, s’obstinant à pousser la barre à bâbord sans plus la ramener. A moins qu’on veuille décrire de grands cercles au milieu de l’océan, c’est embêtant. Force est de le débrancher, donc, et nous referons quelques tentatives sporadiques, qui ne donneront rien. Nous épluchons tous les manuels en notre possession, mais deux paires de cerveaux et la candeur d’un enfant de 11 ans n’y font rien.

Le dernier millier de milles s’effectuera donc à la barre. 24 heures sur 24. Génial, surtout avec un mât fragilisé et cette satanée houle croisée qui n’a de cesse de nous chahuter. De jour, passe encore, mais la nuit, la navigation ne peut se faire qu’aux instruments (j’essaye de me guider aux étoiles, ça ne marche pas si mal lorsque la mer n’est pas trop agitée, et c’est tellement plus romantique). Toujours est-il qu’après deux heures passées à fixer un écran de 5 centimètres par 3, je vais me coucher en rêvant de chiffres digitaux...240°, 255°, 270°, aïe aïe, la voile se dégonfle, ne surtout pas empanner...lofe, nom  de dieu, lofe...obsédant, à la longue.

L’ambiance à bord se ressent passablement de ces aléas...nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur, certes. Bien que chacun d’entre nous la gère différemment, il est indéniable qu’une certaine tension flotte dans l’air et pèse sur l’équipage à la façon d’un gros nuage chargé d’orages...orages qui ne manqueront d’ailleurs pas à l’appel. Qu’elle fut épique, cette nuit passée à slalomer entre les grains, nous repérant aux éclairs...le poil hérissé comme des chats qui auraient peur de se faire mouiller, repassant en boucle tous les scénarii possibles au cas où la foudre viendrait à s’abattre sur nous. Vus ou entendus, les récits ne manquent guère...incendies à bord, électrocutions, bancs de poissons foudroyés, tout y passe et ajoute à la beauté tragique de ce qui se joue autour de nous. Ne pas toucher de parties métalliques...je détache mon mousqueton de la ligne de vie, de peur qu’elle ne se transforme en câble haute tension. On ne sait jamais.

Nous les repérons à des dizaines de kilomètres, leurs éclairs déchirent la nuit et ils fondent sur nous bien plus vite que nous avançons. Rien ne sert de fuir...après avoir été surpris par le premier d’entre eux, qui nous est tombé dessus sans crier gare, nous voici prévenus. Tant bien que mal, nous tentons de calculer le vent, de les repérer au radar et des informations parviennent de la cabine, que nous vérifions de visu...grain à 3 heures...il nous contourne par l’arrière, le salaud...change de cap, reste à 230°, j’ai dit 230°. On se détend un instant...soudain, un immense rai de lumière strie le ciel dans mon dos, lumineux rappel à l’ordre. Un autre à 9 heures ! Ils nous prennent en sandwich ! Que faire...bouché à bâbord, bouché à tribord, impossible de reculer...ok, on fonce droit devant ! C’est que ça en deviendrait presque un jeu...en tout cas je m’y prends, et, désormais seul à la barre, je pourfends la nuit, bonnet enfoncé sur la tête et yeux mi-clos. Une fois encore, je retrouve avec délices cette sensation de communion avec les éléments, je suis hors du temps, totalement immergé dans l’instant présent. Je voudrais que ça ne s’arrête jamais. L’évidence...

 

26 janvier 2009, 04h30 UTC

Mon sommeil est tout à coup brutalement interrompu par un singulier remue-ménage nocturne...suis en train de rêver, sans doute...non, il se passe quelque chose. Encore...je me dresse sur ma couchette, hébété, ils sont déjà tous debout, j’entends la voix de Peck en sourdine depuis l’extérieur, c’est son quart. Pascal qui se rue dehors, le bateau qui empanne brutalement pour se mettre bâbord amure. Je regarde l’horloge et soudain je comprends. Le bas-hauban a lâché. Merde. A 220 milles du but.

Cette fois, le mât bouge. Vraiment. Enormément. Le dernier tiers n’est plus solidaire du reste, chaque vague le balance d’un côté à l’autre, le courbant aussi sûrement que l’on banderait un arc. D’autant plus impressionnant si l’on y ajoute les craquements insoutenables qui résonnent dans la cabine. Il va tomber. Ce n’est pas possible, pas maintenant, pas si près. Fataliste, je sors la pince-monseigneur qui nous permettra de couper les câbles s’il tombe. Cordélia, aussi pragmatique que moi, me regarde d’un air entendu. Autant être prêt, parce qu’un mât à l’eau qui cogne dans la coque, ça peut faire un joli trou...

En attendant, il est toujours debout et il s’agit qu’il le reste. Mais comment ? Nous reprenons une idée lumineuse de Peck : un poids solidement arrimé à du fil de pêche, lui-même prolongé par un bout (corde), que nous tenterons de faire passer au-dessus de la flèche de mât pour le redescendre de l’autre côté et assurer ainsi ce qui peut l’être. Pas de meilleure idée pour l’instant, on essaye.

Une demi-heure et cinq échecs plus tard, nous changeons de stratégie. Faut plus de poids, et autre chose que  ce fil de pêche qui s’emmêle partout. Chaque craquement nous rappelle que l’horloge tourne, inexorablement. Bon. Aux grands maux, les grands remèdes. Nous attachons solidement un bidon de 5 litres d’eau à la drisse de grand voile, ce qui devrait nous permettre de le hisser suffisamment haut, puis de le faire balancer afin qu’il franchisse cette foutue flèche, suite à quoi nous le laisserons gentiment redescendre. Un plan d’exception, à n’en pas douter. Et surtout, pas de plan B...

Image mémorable que celle de ces quatre êtres déterminés, marchant comme un seul homme vers un but unique (et désespéré), se tordant le cou pour ne pas perdre des yeux ce pendule artisanal tournoyant au-dessus de leurs têtes, tel une épée de Damoclès...Pascal en slip avec un casque de vélo sur la tête (inoubliable), tirant comme un animal sur la drisse, Julien maintenant le cap pour tirer sur le bon côté du mât, Cordélia à l’éclairage et Dim essayant de faire passer ce foutu bidon à la faveur d’une bonne vague, le tout sous une petite pluie fine agrémentée de quelques bourrasques. Le genre d’instant que l’on n’oublie pas...rien de tel pour forger un esprit d’équipe.

Néanmoins, après une petite heure d’efforts, un bidon écrasé sur le pont et quelques emmêlements dans le gréement, nous nous voyons contraints de renoncer. Plus de jus, pas assez prometteur, faudra trouver mieux. C’est le capitaine qui parviendra à un compromis raisonnable, trois heures plus tard, fixant le hâle-haut de tangon à mi-mât, faute de mieux. Faudra bien que ça tienne comme ça.

Puisqu’il est désormais hors de question de hisser une quelconque voile, n’ayant plus rien de suffisamment solide pour en supporter la traction, nous faisons le compte de l’essence qu’il nous reste à bord. Ce n’est peut-être pas glorieux, mais nous allons devoir finir au moteur, et faire en sorte que ce fichu mât bouge le moins possible. Pas assez d’essence selon nos calculs. Environ 200 milles à parcourir. Du carburant pour 120. Un gréement de fortune s’impose.

Récapitulons : il nous reste une grand-voile en bon état, mais inutilisable pour cause de mât en cristal ; un tourmentin décharné aux attaches déchiquetées, et un foc troué qui est à peu près aussi vieux que moi. Pas formidable mais on a vu pire (si si). Va falloir faire preuve d’imagination.

« A vendre : coquille de noix en polyester, 1978, gréement hypothétique, mât symbolique, dérivant au large des Caraïbes. Pour bon bricoleur seulement. Prix à convenir ».

Et nous voici, voguant fièrement en direction de La Barbade, arborant deux résidus de voiles tendus tant bien que mal sur tribord, en diagonale, qui ne se gonflent pas simultanément. Vitesse de pointe : 3 noeuds, 3,5 grâce au courant. Surtout, ne pas trop pencher à bâbord. Deux sons prédominent : les crrrraaaquements du mât, et les « aïe aïe aïe » de Pascal qui y font écho. Nous serrons les dents. Tombera, tombera pas ? Avancer, il faut avancer. Plus rien d’autre en tête...heureusement, le soleil est de retour, nous donnant quelque répit et un peu de baume au coeur. C’est déjà ça. Je m’allume une cigarette, louant la beauté tragique de ce vaillant petit bateau qui refuse de céder aux coups de butoir de l’océan. Je me sens bien.

 

28 janvier 2009, 06h00 UTC

La Barbade.

Moteur en marche depuis hier midi. Ca n’atténue en rien le mouvement du mât, ça fait un gros bruit de diesel qui surchauffe la cabine, mais on avance. Je me lève pour prendre mon dernier quart. Je retrouve Pascal sur le pont.

- Regarde.

Je pointe mon regard dans la direction de son doigt. Et je la vois. Ce n’est encore qu’une lueur approximative dans l’horizon noir, à une trentaine de milles, mais elle est là, étrange et belle comme une promesse dont on sait qu’elle sera tenue. Nous restons silencieux, partageant un café chaud et quelques biscuits, savourant l’instant.

Difficile de décrire réellement les sentiments qui se bousculent dans mon esprit à ce moment-là. Cent fois, j’ai imaginé cet instant. J’ai pensé à ce que je ferais, à ce que je dirais, et maintenant que je la vois enfin, si proche, je n’ai pas grand-chose à dire, je reste immobile en fixant ce halo dans la nuit, un peu ému, vaguement pensif, la main sur cette barre que je peux pas encore lâcher, même plus si sûr de vouloir mettre pied à terre. On n’est pas si mal sur ce bon vieux Vagualarme, après tout...jamais il n’aura aussi bien porté son nom qu’à cette seconde...il mérite bien qu’on lui rende hommage.

Il est bien peu de milieux aussi imprévisibles que l’océan, dont la puissance sauvage cherche en permanence à soumettre ceux qui s’y trouvent, quitte à les happer pour de bon. Il n’y a pas de réel compromis possible pour ceux qui choisissent de s’y rendre ; rien n’est jamais gagné d’avance, malgré toute l’expérience et les moyens que l’on puisse y engager. C’est pourquoi je crois que la navigation en mer peut être considérée comme l’expérience ultime du voyage, au sens le plus pur du terme. Dans toutes les formes de relation entre la nature et l’homme, que ce dernier a pourtant largement perverties, il en reste une, démesurément disproportionnée, où la faiblesse de l’individu demeure si évidente face à l’un des rares éléments qu’il ne maîtrise pas encore, qu’elle en est  profondément émouvante : celle entre l’homme et la mer.   

Nous sommes arrivés de l’autre côté.

 

 

    

 

     

 

    

 

         

 

         

 

    

 

    

 

    

 

    

 

    

 

    

 

         

 

    

 

         

 

    

 

    

 

    

 

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